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Pourquoi il ne faut pas publier les photos de ses enfants sur les réseaux sociaux


Poster des photos de soi-même ou de ses proches sur les réseaux sociaux est devenu habituel. Se pose alors la question de la publication de clichés d'enfants et de mineurs : quid du droit à l'image, des risques de pédophilie sur Internet ? Au-delà des dangers réels, n'y aurait-il pas une dramatisation de ce sujet ? On a interrogé plusieurs expert-e-s à ce propos.
Vous venez d’avoir un bébé et, évidemment, vous trouvez que c’est l’enfant le plus ravissant du monde – TW : ce n’est peut-être pas l’avis de vos proches mais, ça, ils ne vous le diront pas. Le moindre de ses faits et gestes vous subjugue : bébé dans son bain, bébé sur son pot, bébé mange, bébé dort, bébé respire, bébé vit, bébé est, bébé, béb, bb (nous parlons bien de kids, pas de l’amie des bêtes). Et qui dit passion, dit exposition : vous voilà à mitrailler votre bambin chéri – ou bien celui de votre entourage – et à poster les photos sur vos réseaux sociaux.
Ce que vous ne réalisez pas forcément, c’est que, cette photo sur Facebook de votre progéniture trempant ses mollets potelés dans l’eau douteuse de la fontaine d’un parc municipal, a peut-être été vue par bien plus de monde que vous ne le croyez. Tout dépend, en premier lieu, des paramètres de confidentialité entourant vos comptes sur les réseaux sociaux : pour peu qu’ils soient en mode “public”, la terre entière et au-delà a déjà potentiellement pu avoir accès aux contenus que vous publiez. C’est moins probable si vous restreignez vos publications à votre cercle proche. Moins probable mais pas pour autant sans risque : hop, une petite capture d’écran, après tout, est vite arrivée (souvenez-vous : vos ami-e-s sont aigri-e-s, voir plus haut).
Rien de bien nouveau là-dedans : cela fait des années qu’on nous prévient que poster sur Internet une image d’un petit garçon ou d’une petite fille – qu’on en soit les parents ou non – est engageant. Et ce, tant pour vous même que pour les enfants que vous exposez.
Jeux de rôles creepy et sites pédophiles
Car de sordides affaires entourant le sort peu reluisant de photos postées innocemment sur Facebook, Instagram ou autre sont pléthoriques. L’un des exemples les plus récents : la découverte par un hacker néerlandais d’un site russe hébergeant des millions de photos d’enfants, récupérées sur les réseaux sociaux, puis classées dans des catégories ne laissant guère de doute sur le caractère pédophile de la plateforme.
Il n’est pas rare également de lire ce genre d’histoires dans différents journaux, en témoigne celle de Brittany Champagne, aux Etats-Unis : un jour, cette mère de deux enfants, habituée à poster des photos d’eux sur Facebook, scrolle sur Instagram. Elle découvre que les images qu’elle poste sont utilisées en photo de profil sur ce réseau social, et que les comptes affiliés renvoient vers des sites pédopornographiques.
Il y a aussi ces affaires de jeux de rôles creepy sur Instagram utilisant des photos de bébés. Itou cette enquête du Sunday Mirror, en 2013, qui révélait que des pédophiles volaient des photos d’enfants sur Facebook, pour les échanger sur cette même plateforme. Ou encore ce reportage de la RTS, qui donne la parole à un père de famille qui, retournant des années après l’avoir créé sur son vieux compte Flickr, a remarqué qu’une photo de ses enfants en train de faire pipi à la montagne avait été visionnée… 200 000 fois, alors que son compte n’était absolument pas populaire. En France, en 2016, la gendarmerie nationale se fendait même d’un communiqué sur Facebook, en plein “Motherhood challenge”, pour alerter les parents sur les risques de poster des photos de ses petit-e-s, comme le raconte ce papier de LCI.
Justine Atlan est directrice d’e-Enfance, association de protection de l’enfance sur Internet, reconnue d’utilité publique, qui fait de la prévention et des actions. Elle explique qu’en effet il n’est pas rare que leur structure soit en lien avec “des parents qui découvrent, horrifiés, que des photos de leurs enfants sont sur ce type de sites”.Selon elle, “ça fait quelques années qu’on essaie de sensibiliser les parents, qui ne comprennent pas forcément l’enjeu” ; enjeu qui a par ailleurs changé avec l’arrivée des réseaux sociaux et l’évolution de nos usages.
On a beaucoup de mal à leur faire prendre conscience des risques sans, parfois, un peu dramatiser.” Un autre argument, “d’ordre plus intellectuel”, même si certains parents "ont un rapport très propriétaire à leur progéniture” : “Certes, les mineurs partagent leur droit à l’image avec leurs parents jusqu’à leurs 18 ans. Mais, dès que l’enfant sera en capacité d’exprimer son droit à l’image, il pourra faire opposition.”Pour rappel, l’article 226-1 du code pénal prévoit une amende de 45 000 euros ou fait encourir une peine d’un an de prison à toute personne qui diffuserait ou publierait les images de quelqu’un sans son consentement.
"Les problèmes de prédateurs, de malveillance etc., ne sont pas l'apanage d'Internet"
Justine Atlan ne dit pas qu’il ne faut pas publier de photos de ses enfants sur les réseaux sociaux, mais plutôt de le faire dans des groupes privés, qui existent à foison sur le web. Une façon également d’éviter que “les parents se retrouvent eux-mêmes à être les co-auteurs d’une e-reputation, qui peut se retourner contre leurs enfants une fois plus grands”. Un autre travers selon elle : "Celui des parents qui se servent de leurs enfants pour se valoriser sur les réseaux sociaux.” Et de rappeler, également : “Si les ados connaissent mieux le web que leurs parents, ils n’ont pas pour autant la même connaissance de la vie et de ses dangers. Et là, les parents peuvent avoir un rôle pour éveiller leurs enfants. Car, au fond, les problèmes de prédateurs, de malveillance, etc, ne sont pas l’apanage d’Internet.”
Cette dernière phrase, Jean-Marc Manach, journaliste spécialisé dans les questions de sécurité et de vie privée sur le web, et notamment auteur de La Vie privée, un problème de vieux cons ? (2010, éd Fyp), y souscrit : “Il y a une hystérie médiatique autour des réseaux sociaux. Or, les réseaux sociaux, c’est bien pour afficher sa vie sociale, et non sa vie privée. Il y a une différence entre vie privée, vie sociale et vie publique..." Pour lui, il ne faut pas avoir un regard “anxiogène” sur le web. “Internet, ce n’est ni le bien ni le mal en soi. Un couteau, ça peut servir à tuer, mais, en général ça sert surtout à couper de la viande. Internet, c’est pareil. Il n’y a qu’une infime partie de pédophiles sur Internet, comme dans la vraie vie, en fait.”
Et de rappeler que la majorité des agressions sexuelles ne sont pas le fruit de rencontres sur le web mais ont bien lieu irl, dans le cercle intrafamilial, même si, évidemment, “ça ne veut pas dire qu’il faut ne pas faire d’enquête pour débusquer ces mecs [les pédophiles, ndlr]”. En fait, selon le journaliste, cette question de poster ou non des photos d’enfants sur le web est “un peu plus compliquée que de dire “il ne faut pas partager ce type de contenus sur les réseaux sociaux” - il rappelle également que tout le monde a, en soi, une responsabilité en postant des images, et ce, que ce soient des images d’enfants, d’adultes ou d’ados.
Il cite un exemple personnel pour illustrer ses dires : “Un jour, j’étais en vacances avec un ami et sa fille à la plage. Il a pris une photo et l’a mise sur Facebook. Cela veut donc dire qu’il y a une photo de moi avec une gamine à moitié à poil sur Facebook. C’est une info qui pourrait être utilisée, instrumentalisée. Et même si elle a été publiée en mode privé, rien n’empêche de faire une capture d’écran. Alors que, moi, j’utilise les réseaux sociaux pour mon travail de journaliste, pas pour ma vie privée.”
"Si c'est une chose de mettre une photo en ligne, c’en est une autre de la vendre à une entreprise"
Une photo ne disparaît jamais avec certitude d’internet : voilà en tout cas un fait que tient à rappeler Stéphanie Lacour, directrice de recherches au CNRS : “Déréférencer une photo, ça n’est pas si facile que ça : une fois qu’elle est en ligne, on ne la maîtrise plus. Même si elle disparaît momentanément de Google, etc : quelqu’un peut très bien en avoir fait une copie sur son disque dur et la poster à nouveau.”
Pour cette spécialiste de la “sécurité de l’individu numérisé” – du titre d’un ouvragedont elle a géré la direction – qui travaille à l’Institut des sciences sociales du politique et à l'école normale supérieure Paris-Saclay, “aborder la question sous l’angle du risque de la pédopornographie n’est sans doute pas la meilleure façon de faire : si ce risque existe bel et bien, il n’est pas non plus gigantesque”. Une chose importante selon elle : lire les conditions générales d’utilisation des réseaux sociaux. Car “si c’est une chose de mettre une photo en ligne, ç’en est une autre de la vendre à une entreprise” : en postant des contenus sur Facebook par exemple, vous autorisez la plateforme, qui l’explique dans les articles 2 et 9 de ses conditions d’utilisation, à les utiliser dans un cadre publicitaire, mais aussi de les sous-licencier.
Il s’agit surtout, selon elle, “d’être conscient que l’exploitation de l'identité numérique évolue très rapidement, avec nos usages. Faire le choix de poster la photo d’un bébé, c’est préjuger de nos futures pratiques : on ne sait pas ce qu’elles seront dans 20 ans.”Et de prendre pour exemple le développement croissant de la biométrie de l’iris, notamment. “On pourrait alors récupérer l'image de l'iris des enfants sur des photos, et les utiliser pour les identifier. Idem, si dans quelques années on utilise nos iris pour payer par exemple, ce qui n’est pas tout à fait improbable, cela pourrait poser problème.”
Mais Stéphanie Lacour n’est pas dupe : si son “attitude première serait de conseiller de ne pas poster de photos”, elle estime qu’il va “être difficile de faire marche arrière.”Son conseil : “Ne surtout pas publier les photos référencées avec un lieu, une date, et l’identité civile des enfants.”
Pourquoi il ne faut pas publier les photos de ses enfants sur les réseaux sociaux Reviewed by Mounay Linbouch on 21:54 Rating: 5

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